Discours du vel’d’hiv’

Monsieur le Président Emmanuel Macron

« La société mûrit ses drames et ses deuils. Alors la vérité se fait jour, et elle est implacable, irrévocable. Elle s’impose à tous. La cacher ou l’amoindrir insulte notre mémoire collective…/… La France, en reconnaissant ses fautes, a ouvert la voie à leur réparation. C’est sa grandeur. C’est le signe d’une nation vivante qui sait regarder son passé en face…/… On ne bâtit aucune fierté sur un mensonge. »

Raymond Aron

Monsieur le Président Emmanuel Macron, ces mots vous les avez prononcés lors de votre discours du Vel’ d’Hiv’. Aujourd’hui les Harkis les revendiquent. Raymond Aron et sa fille Dominique Schnapper considèrent qu’il existe dans l’histoire de France une autre page toute aussi honteuse que la rafle des enfants du Vel’ d’Hiv’. Il s’agit de l’épisode des Harkis.

Seule vous importe la vérité

Monsieur le Président Emmanuel Macron, ces mots ont brisé un long silence national. À l’instant précis ou vous disposez que seule vous importe la vérité, la grandeur de la France que vous rappelez, est aussi vôtre ; vous l’incarnez dans une élévation fulgurante qui a marqué la grande histoire. Votre discours positivement transgressif sera enseigné aux générations futures qui honoreront votre mémoire.

Discrimination négative

Statut d’indigène Juif ou Musulman

Le conseil constitutionnel a rappelé le 29 juin 2012 que la nationalité par filiation en vigueur depuis l’abandon du jus solis dans le code civil de 1803 ne s’appliquait pas aux indigènes. Et se fondant sur l’article trois de l’ordonnance du 7 mars 1944 il dispose que pour eux la nationalité relevait d’un statut personnel.
Pourtant l’histoire nous enseigne que cette discrimination négative trouve sa genèse en 1830 et les promesses faites au Bey d’Alger vaincu. Promesses par la suite dévoyées pour justifier le maintien de ce statut d’indigène Juif ou Musulman bien pratique pour les tenir à l’écart des droits civiques et de la représentation nationale. Cette discrimination négative a traversé deux siècles jusqu’aux ordonnances du 15 novembre 1958, mais il était déjà trop tard.

Exclus de la loi Lamine Gueye

On trouve cette discrimination dans les constitutions de 1848, de 1852, le sénatus-consulte, les décrets 136 et 137, le code de l’indigénat, la loi du 26 juin 1889, la décision de la cour d’appel d’Alger de 1903, la loi Jonnart du 4 février 1919, l’ordonnance donc du Comité Français de Libération Nationale du 7 mars 1944, la loi Lamine Gueye du 7 mai 1946 dont nous avons été exclus, la constitution de 1946, qui parlait d’égalité en son article 82 sans qu’aucun texte pratique ne dispose comment l’appliquer, et enfin la loi du 20 septembre 1947 qui tentait de justifier la discrimination par l’existence de deux territoires.

Sujets pas Citoyens

La conséquence est que l’immense majorité d’entre nous n’étaient que des sujets Français avant le Traité des accords d’Évian. Cette singularité historique a donné naissance à 2 statuts avant les accords d’Évian et 4 statuts après les accords d’Évian. Et ces Harkis Femmes ou hommes de différents statuts ont subi deux préjudices distincts, même si l’un trouve sa genèse dans l’autre auquel il peut pour certains se superposer.

Traité d’Évian

# 11239 à l’ONU # TRA19620009 en France

En tout état de cause, au nom de la France, des hauts responsables de la nation que nos parents avaient protégé, ont fait mine de se préoccuper de leur sort, mais ont renvoyé à la mort ceux qui avaient eu l’audace de se sauver. Le règlement des litiges du chapitre IV du Traité d’Évian enregistré sous le numéro 11239 à l’ONU et sous le numéro TRA19620009 en France permettait d’intervenir en saisissant la Cour Internationale de Justice (ironie de l’histoire, cette CJI a été créée avec la société des nations en 1919 pour garantir surtout à la France la réparation par l’Allemagne vaincu des préjudices qu’elle a causé).

Jamais respecté

Le traité n’a jamais été respecté, personne ne peut le contester. Par manquement par carence ou par choix, la Cour n’a jamais été saisie, les Harkis furent massacrés, et nul ne saurait contester dès lors que la responsabilité de la France est formellement engagée au regard du droit par les obligations qu’elle s’était imposées, mais qu’elle n’a pas respecté.

Approche tutélaire qui exclus les Harkis

La France responsable veut solder « un préjudice », elle veut aller vite, et elle s’acharne à vouloir le régler en étant juge et partie. Même si la démarche de ce rapport est volontariste et respectée, même si nous le portons au crédit de notre Président Emmanuel Macron, c’est encore une approche tutélaire qui exclus les Harkis et surtout se dédouane du préjudice subi hors de France. En conséquence cela ne saurait donc être une réponse adaptée pour 100% des Harkis quelles que soient leurs divergences circonstancielles en raison de leur ignorance dont on ne saurait les affubler.

La France se pose en juge et partie

Monsieur le Président Emmanuel Macron vous représentez un espoir sans commune mesure, vous avez une nouvelle vision de l’histoire, celle de la vérité. 100% des Harkis attendent qu’on leur explique si au regard de la morale, au regard du bon sens, au regard de l’histoire, au regard de la justice, il est légitime que la France se pose en juge et partie quand il s’agit de la question Harki dont elle est à l’origine.

Martyrisés à cause d’elle

Monsieur le Président Emmanuel Macron nous avons conscience des limites de votre pouvoir et nous savons que même si vous en aviez la volonté vous pourriez vous heurter à des réticences fortes. Aidez-nous à vous aider, aidez-nous en mettant la France sur les bons rails, aidez-nous en nous aidant à rappeler aux Françaises et aux Français que ce que la France a jugé légitime, fondé, et juste d’obtenir de ceux qui l’avaient martyrisé, elle se doit légitimement de l’accorder à ceux qui ont été martyrisés à cause d’elle. Avec la circonstance en plus que ces derniers alors même qu’on les trahissait en sous-main, défendaient les intérêts des Françaises et des Français jusqu’au bout, jusqu’à la mort.

Eviter le règlement judiciaire

Les Harkis attendent la vérité depuis près de soixante ans. Ceux qui sont ici et ceux qui sont ailleurs, ceux qui restent et ceux qui sont partis. Ils l’attendent pour eux, pour leurs compagnons d’infortunes, et pour leurs enfants grands et petits chacun par leur nom, afin que l’espoir de la résolution de la question Harki prenne un départ amiable fondateur. A défaut, les Harkis ne pourront faire autrement que d’aller sur le terrain judiciaire.

« La société mûrit ses drames et ses deuils. Alors la vérité se fait jour, et elle est implacable, irrévocable. Elle s’impose à tous. La cacher ou l’amoindrir insulte notre mémoire collective…/… La France, en reconnaissant ses fautes, a ouvert la voie à leur réparation. C’est sa grandeur. C’est le signe d’une nation vivante qui sait regarder son passé en face…/… On ne bâtit aucune fierté sur un mensonge. »

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